Romans en compétition

Lors de la cérémonie de lâcher de roman du 14 novembre 2023, la nouvelle édition a été lancé avec la présentation de l’ensemble des ouvrages que seront chargés de départager d’ici mi-mars les étudiants jurés. Découvrez-les !

Tous les ouvrages sont disponibles à la librairie et dans les bibliothèques de SciencesPo
1

      Dans ce premier roman bouillonnant, Salma El Moumni nous confie le dur apprentissage de la condition de femme, écartelée entre injonction à la pudeur et à la séduction. Mais c’est aussi un récit sensible sur les blessures d’enfance et les désillusions amoureuses, et sur la perte de la terre natale.

      À Tanger, la jeune Alia se construit sous les regards intrusifs que les hommes portent sur elle. Comme une tentative de se réapproprier son corps, elle commence alors à se mettre en scène et se photographier dans le secret de sa chambre. Cela devient son rituel, son échappatoire. Au même moment, dans le climat étouffant de cette ville encore marquée par les inégalités, Alia rencontre Quentin, un français expatrié dont le mode de vie privilégié l’éblouit et la séduit. Mais la première histoire d’amour tourne vite au cauchemar, et les  clichés qu’elle croyait à l’abri lui échappent et se retrouvent exposés à tous les regards, sur Internet. La honte et la peur la contraignent alors à s’exiler en France, mais l’amour et la haine de Tanger ne cessent de la rattraper.

 

 

Adieu Tanger

Salma El Moumni

Grasset – 180 pages

2

Dans l'oeil de l'Archange

Olivier Weber

Calmann Levy – 496 pages

       Olivier Weber signe une fresque très intéressante sur les intellectuels dans l’entre-deux-guerres dans cette biographie bienvenue d’une photographe à la carrière brève et dont les travaux ont pu être injustement éclipsés.

       Fuyant l’Allemagne nazie où son activité militante et ses origines juives l’ont conduit dans les prisons de la Gestapo, Gerda Taro s’installe à Paris en 1934. Rapidement introduite dans les cercles intellectuels Montparnassiens, elle devient l’assistante et la compagne du photographe Robert Capa, auprès duquel elle couvre les premières avancées sociales du Front populaire. Lorsqu’éclate la Guerre d’Espagne, elle rejoint les lignes républicaines d’où elle documente les combats. Aux côtés d’Hemingway, Orwell et Capa, dont elle s’émancipe progressivement, Gerda Taro réalise des centaines de clichés et commence à connaître le succès. Confrontée à la complexité des luttes d’influence au sein des courants républicains et à l’omniprésence de la propagande, Taro est rattrapée par la dimension sacrificielle qu’appelle l’engagement politique et militaire au service de la cause qu’elle poursuit.

 

 

3

        Et vous passerez comme des vents fous sonne comme un hymne à la nature, sans en occulter la cruauté et les dangers.

       Au cours d’une saison d’estive se croisent les trajectoires de Jules, montreur d’ours du 19ème siècle, d’Alma, éthologue, et Gaspard, berger. Tous trois sont liés par la nature pyrénéenne et les ours qui y vivent. Alma en étudie les comportements pour essayer d’apaiser les bergers, dont les troupeaux sont régulièrement attaqués.
       Sur ces terres où l’humain et l’animal sont profondément liés, l’histoire de Jules, parti faire fortune avec un ours domestiqué à New York résonne tragiquement avec le présent. Entre dressage et réhabilitation de l’animal, le roman interroge l’évolution de nos rapports avec la nature ainsi que le contraste entre la vie pastorale et la vie urbaine.

 

 

Et vous passerez comme des vents fous

Clara Arnaud

Actes Sud – 384 pages

4

L'art du dressage

Christel Périssé-Nasr

Les Editions du Sonneur – 94 pages

     Christel Périssé-Nasr nous livre une fascinante histoire de domination multidimensionnelle par un cadre moyen peu charismatique.

      Une fille raconte l’histoire de son père et du père de son père. Un grand-père, donc, qui n’ayant “pu » faire la guerre d’Algérie, relègue à ses fils la tâche de porter en eux la noblesse martiale. Mais au fil des pages cette noblesse martiale s’isole de plus en plus des fresques et tableaux belliqueux et radieux, des fantaisies et clairons pour interroger le rapport à l’autre. Un paradoxe revient incessamment : quelle rationalité sur le champ de bataille de sauver la vie de l’être à notre droite tout en tirant sur celui devant nous ? Cette question se défait et se morcèle aux yeux de la petite-fille-narratrice dans le train-train de la vie quotidienne de cette famille morose. Dans le rapport aux animaux. Dans le rapport aux femmes de la famille. Dans le rapport à la famille tout court.

      La considération de l’autre sous les fioritures des lances et javelots va dépasser cette petite maison pour survoler les champs de bataille du monde contemporain. Car le fils, ayant suivi les injonctions de son père, est ingénieur dans un grand groupe d’armement français qui, sur le marché du travail hypertrophié du XXIe siècle, ne semble plus avoir grand chose à voir avec la guerre. Entre ambitions de cadres et petites prétentions de propriétaire parisien, l’art du dressage se perpétue sur sa fille et son chat qu’il terrorise sauvagement.

 

5

           Inspiré du fait divers de 2013, ce récit met en scène un couple d’octogénaires qui se suicident pour revendiquer le droit à une fin de vie décente.

        Ici, le suicide n’apparaît donc pas comme un ultime acte désespéré mais comme une décision mûrement réfléchie et un dernier élan de liberté. Au-delà de l’amour des personnages qui les unit jusque dans la mort, ce roman nourrit les réflexions sociétales et éthiques autour de la fin de vie. Emilie Frèche aborde aussi la question du deuil. Que fait-on de ceux qui restent et que font ceux qui restent des absents ? Car le couple laisse derrière lui une fille qui va douloureusement traverser les différentes étapes du deuil, comme l’incompréhension et le sentiment d’abandon.

 

Les Amants du Lutetia

Emilie Frèche

Albin Michel – 384 pages

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